Les abeilles jouent un rôle central dans le service écosystémique de pollinisation, essentiel à la reproduction sexuée de la majorité des plantes à fleurs et à la production agricole mondiale. Près de 90 % des espèces végétales à fleurs dépendent des pollinisateurs animaux, principalement des insectes (Ollerton et al., 2011). Ce service contribue à la qualité et au rendement des cultures fruitières, légumières et oléo-protéagineuses, représentant 35 % du volume agricole mondial et une valeur économique estimée à 153 milliards d’euros en 2005 (Gallai et al., 2009).
1. Le service de pollinisation et le rôle des abeilles
Les abeilles sont les principaux pollinisateurs mondiaux (Danforth, 2006). Leur efficacité repose sur :
Un régime floral exclusif (nectar, pollen),
Une morphologie adaptée (poils branchus favorisant le transport du pollen),
Une fidélité florale élevée.
Deux approches assurent leur présence dans les cultures :
Apport direct d’abeilles domestiques (Apis mellifera) ou d’espèces élevées (bourdons, abeilles solitaires),
Gestion des paysages agricoles pour favoriser les populations sauvages.
Les abeilles mellifères sont largement utilisées pour la pollinisation des amandes, pommes, poires, tandis que les bourdons (Bombus terrestris) sont privilégiés pour les tomates sous serre grâce à la « buzz pollination ». Dans les zones tropicales, les abeilles sans dard (Melipona spp.) sont essentielles pour des cultures comme l’avocat ou le café. Les abeilles solitaires (Osmia, Megachile) complètent ce dispositif pour les vergers et la luzerne.
2. Facteurs de stress liés aux pratiques agricoles
Le déclin des abeilles, observé depuis plusieurs décennies, résulte d’une combinaison de facteurs (Potts et al., 2010) :
a) Perte de ressources florales et de sites de nidification
Simplification des paysages agricoles,
Disparition des haies et prairies,
Homogénéisation des rotations culturales entraînant des périodes de disette alimentaire.
b) Pesticides
Effets létaux et sublétaux des insecticides, notamment les néonicotinoïdes, perturbant l’orientation et la survie des butineuses (Henry et al., 2012).
Impact avéré sur les abeilles sauvages (Rundlöf et al., 2015).
c) Bio-agresseurs
Parasites et pathogènes propagés par les échanges commerciaux et la proximité des colonies.
d) Interactions multifactorielle
Les effets combinés (pesticides × malnutrition × pathogènes) amplifient la mortalité et fragilisent les colonies (Goulson et al., 2015).
3. Mesures pour réconcilier abeilles et agriculture
La conservation des pollinisateurs repose sur :
Diversification des ressources florales : restauration des habitats semi-naturels (haies, talus), jachères fleuries, cultures mellifères (légumineuses).
Réduction des intrants chimiques : limitation des herbicides et insecticides, application raisonnée (dose, moment).
Gestion des bio-agresseurs : surveillance sanitaire et limitation des échanges non contrôlés.
Promotion des abeilles sauvages : maintien des adventices et des sites de nidification.
Ces actions s’inscrivent dans des plans nationaux (ex. « France, terre de pollinisateurs ») et contribuent à la durabilité des systèmes agricoles.
Conclusion
La pollinisation par les abeilles est un service vital mais fragile. Sa pérennité exige une approche intégrée combinant réduction des facteurs de stress, amélioration des habitats et gestion raisonnée des pratiques agricoles. La complémentarité entre abeilles domestiques et sauvages est indispensable pour garantir la sécurité alimentaire et la biodiversité.